13/05/15. Note du jour

Nous sommes le 14 mai 2015.
Le ciel rougit comme une cartouche d’encre qui saigne sur du papier absorbant. Le vent met les feuilles d’arbres en musique, ce pourrait être l’automne. Le ministre de la défense Nord-coréen s’est fait explosé au char antiaérien et à Cannes, les robes signées commencent leur défilé.

Aujourd’hui comme à chaque événement national, c’est la communion d’un peuple. Au même titre que le salon de l’agriculture, les jours fériés animent le patriotisme utile. Les unités éparses se sentent faire partie d’un tout et se rangent derrière le même drapeau : la glande. Les fonctionnaires en tête de file lâchent un sourire et pour cause il y a grasse mat’ généralisée. Conséquence collatérale : cette nuit, les rues sont vides, et comme elles sont vides, elles sont silencieuses, et comme elles sont silencieuses, elles sont moins violentes.
C’est de ce point précis dont il est urgent de parler.

Le bruit qui court les rues ou le bruit tout court est une atrocité, qui (me) rend gravement malade alors pour sûr, le droit au silence doit être un droit fondamental.

Dans la société totalitaire idéale, les perturbateurs qui viendraient trouer l’absolu seraient maudits. Les enfants, les rires gras, les objets qui se fracassent, les trains, les centres commerciaux seraient rasés d’un souffle. Cette cohorte d’ignominie crevant toute ébauche de plénitude serait enfermée dans une bulle insonorisée et écrasée. Les cordes vocales des dissidents seraient rompues, on enseignerait aux autres, l’art d’hurler en chuchotant sur un morceau de papier. Il faudrait raconter une histoire là-dessus.

Pour le moment il y a les jours fériés, la musique, qui n’est qu’un moindre mal pour couvrir les massacres, il y a aussi les refuges et l’amour avant le cri.

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Nô placebo

Je bois des litres de thé comme toutes les vieilles femmes frigides et répudiées, il paraît que ça calme. Que ça donne envie de faire communion avec la nature, de caresser des lapins, de s’extasier de la valse des abeilles, la bouche ouverte, en bavant, comme un chien. Il paraît que certaines potions rendent heureux, qu’il suffit de trouver la formule. Le placebo existe, certains l’ont trouvé, il est tel qu’il trompe la violence qui démange, qui saccage, qui fait ramper la nuit. Au lieu de se tordre le cou ou d’aller chialer pour de l’amour misérable, certains construisent avec pierres. Ils ont trouvé la formule.

Sans placebo c’est difficile. Surtout depuis hier soir. Je me suis endormie avec un virus dans le cerveau qui a infecté toute mes idées comme du poison. Tout à été décimé,c’était l’hécatombe à l’intérieur. Tout cela sans ne rien rompre de la carcasse et c’est bien le pire . Personne ne peut croire que ce corps de fille de 24ans ne renferme une difformité aussi grande.

Sans placebo, on apprivoise l’instant, comme aujourd’hui, le lendemain, où le soleil est modérément agressif et où l’infini se fixe sur un point vide. Absolument vide. Comme mon estomac, après un long jeûne, et ce vide, ce silence des ressources, rend tout infiniment moins douloureux.

Même les équations impossibles comme: pourquoi est-ce que les hommes que j’aime sont tous fous et méchants? Est-ce que j’ai déjà aimé sans que cela ne me pousse à une formidable envie de suicide ?

Effet du thé sûrement.

Minuscule éloge de l’excès

Chaque âme devient ce qu’elle contemple – PLOTIN

19/10/14 22 :52

Minuscule éloge de l’excès

La première fois que « On » m’a dit que le monde était castré par la finitude, j’ai dit à On d’aller se faire foutre. Il m’a dit que cette finitude était irréductible, qu’elle avait les bordures rigides comme du fer, lourdes comme du plomb et qu’elle marquait la vie de façon indélébile. « Indélébile » ; c’est ce mot qui m’a troué l’estomac. Comme une sentence tombée qui réduisait à néant toutes mes tentatives d’élévation, cette entaille dans la peau me disait dès lors que je ne trouverai jamais ma place dans le monde.
Puisque l’équilibre doit ronger l’être, il est déjà condamné. Puisque cette mesure de toute chose érige la suffisance en indispensable, il est déjà condamné. Cette tyrannie rejette d’emblée la Puissance en zone de non-droit. Ce qui pousse de l’intérieur, cette rage d’absolu est momifiée vivante alors que les bons sentiments poussent par tous les trous.

J’ai trainé mon corps quand même, en me disant que l’instinct était une bête féroce qu’il fallait tenter d’apprivoiser. J’ai tenté, mais immédiatement consciente de mon incapacité à m’abaisser à cette bâtardise, j’ai craché une énorme insulte sur la vie avant de détruire mon rapport au réel. Lécher le sol pour récolter les miettes est une impossibilité catégorique. Jouir de rien, jubiler de peu est une façon propre de faire de sa vie un terrain vague digne de pisse de chiens.

Mon intransigeance n’est pas un choix délibéré: vivre comme si tout allait s’écrouler fait parti du lot des survivants. Les coups d’éclats n’étant que des instincts de survie mal fagotés ; la violence, qu’une vulnérabilité moche et inversée.

Je me rappelle de ce qu’il me disait…
« Arrête de faire ton adolescente ! Arrête de défoncer les portes, de vouloir crever tout le temps. Apprend à respirer. Res-pi-rer tu comprends ? »
(Il y avait de l’amour dans ses yeux).
Je reste incapable de comprendre.

Billet dur

04/05/14 20h – 22h

 

Billet dur

 Aujourd’hui, j’ai vidé mon encre et mon énergie dans la pulsion mortifère d’un long soupir qui s’est étiré, étiré, étiré comme un chewing-gum. La bulle a éclaté sur la feuille blanche et je me suis dit: ce corps vide, quel monstre !

Ne riez pas, je n’ai pas compris non plus. Toutes ces horreurs que j’enfante, je ne les comprends pas moi-même, je les dévisage comme des petites billes d’étrangeté qui envahissent mon espace et que je tente tant bien que mal de repousser.

Cette incompréhension coule souvent dans mon ventre et même avec désinvolture pourtant qu’il saigne des rivières, qu’il pleuve, qu’il vente, je ne peux pas gratter mon estomac. Les vieilleries sont tassées sous un vernis d’acier, et dans mes profonds malaises, je les caresse tout au plus.

Victoire du cynisme

Il faut que je respire.

Il n’y a pas de mal à se haïr jusqu’au bout des ongles, si ce n’est les quelques traces dans l’estomac, des aigreurs surtout et les quelques rictus de la lèvre inférieures. Ce sont des signes à double face, de haine ou de débilité profonde, d’ailleurs ce n’est pas un hasard: la haine embrasse goulument les idées qui ont l’air de trous.

Non il n’y de pas de mal, l’ignominie se porte à ravir, avec quelques habiletés, elle entre même dans le monde par la grande porte. On aime les laiderons, on se prosterne devant tout un tas de ratés, des culs-de-jatte de la vie qui ont sublimé avec brio tous leurs handicaps. Ils accolent eux-mêmes leurs mots à quelques courbures plaisantes, s’inondent d’eau de toilette pour séduire les sophistes et les sensibles – pourriture.

La victoire du cynisme c’est-à-dire que l’avidité du coup de poing est telle qu’elle nous met à genou, jusqu’à ce que nous en réclamions encore et encore et encore et encore. Plusieurs raisons à cela, une première là comme ça prise au hasard: le pouvoir en substance, saisi par un chantre qui a (encore) de l’embonpoint. Son élection par défaut est d’une telle drôlerie qu’on réclamera du cynisme jusqu’à la mort de l’humanité, comment pourrait-il en être autrement ?

Puis le cynisme confectionne et présente le mal comme une valeur noble. Il convient donc d’être un marquis pour savoir apprécier la crapulerie, c’est comme le vin âpre ou le fromage aux relents nauséabond.  Il est élégant d’être rencogné, d’avoir des manières de barbares, il est encore meilleur d’être haïssant, vil et austère.  Les antihéros poussent partout comme des champignons dans les bois, des petits, des gros, des méchants surtout. Tous boiteux, priant chaque jour pour le déluge sur « les normaux » cette espèce en voie de disparition.

Et moi dans tout ça ?

J’apprends à écrire. Voilà.

Chapitre1: La faim.

“Ce sont les femmes les plus fières qui deviennent les esclaves les plus viles.” Le joueur, Dostoievski

 Le lecteur n’est pas un animal comme un autre: il est plus primaire, plus rouge et dans sa bouche coule la rivière d’un désir plus violet.Roé porte le nom du lecteur mais sa peau comme son nom sont interchangeables à l’infini.

 

Partie I

 

Les aiguilles de la pendule font un angle droit lorsque Roé* enfonce son ongle pointu dans sa gorge. Les yeux assoupis, il remue son gros doigt au fond du gosier en appuyant avec insistance sur la glotte ballante: avec un peu de chance, il en sortira quelque chose. Un papier mâché, une ligne en boule, des restes coincés dans des fentes qui n’attendraient qu’un signe pour échapper au néant. Pour un n’importe quoi qui calmerait la faim au creux de son estomac, Roé réitère plusieurs fois ce même geste qui produit la même inefficacité. Au bout de plusieurs ratages, son corps témoigne de sa résignation; résultat d’un consensus entre ses différents membres, le mot « putain » sort de sa bouche pâteuse et le doigt se rétracte de lui-même. Tant pis.

Les yeux gris et la langue coulant dans la poussière, Roé déploie une seconde stratégie et se met tout entier à renifler le bitume poisseux à la recherche d’un poids pour occuper le plus gros de l’espace vide à l’intérieur de lui-même. Il devrait bien y avoir quelque chose à se mettre sous la dent, qui ne sente pas trop mauvais, qui ne glisse pas trop des mains, quelque chose qui se cache dans un coin derrière le canapé ou l’armoire. Il inspecte le sol, les murs, le plafond. Il ajuste des loupes sur la multicourbure de son nez et se met à renifler sa langue déroulée dans la poussière en quête d’un indice. Rien, définitivement rien, ce foutu rien, cette absence totale. Toujours le même viol de la réalité omnipotente et glaciale qui grossit comme une tumeur dans son imagination.

L’idée du rien fait des vagues à l’intérieur de Roé, d’abord la bile qui s’embrunit, puis son visage luisant qui rougit comme une flamme,  bien sur le médecin lui avait dit « pas de crise, pas de guerre, pas de mort, à lire 3 fois par jour le soir avant de se coucher ». Oui mais il n’y a rien à ingurgiter là, merde. Coincée entre la crise cardiaque ou la mort de faim, Roé se décide à sortir. Il se gonfle lentement mais de plus en plus droit dans ses semelles en plastiques vertes, ouvre définitivement les yeux et appuie sur la poignée de la porte.

Dehors la lumière est tiède. Le ciel est en pause déjeuner, la terre tourne en rond, les automates automatisent. Surement pour palier au chaos de la nature, les hommes ont appris à automatiser. Il faut des cadres pour castrer la vie,  manger trois fois par jour à horaires fixes (cinq fruits et légumes par jour, c’est mieux), défoncer une fille une fois par semaine (la nuit c’est mieux), il faut aussi dormir à des horaires correctes et boucher les trous le reste du temps. Bien sur la rue n’est pas faite que d’automates non, il serait injuste de ne pas lui reconnaître certaines beautés sans cage. Ces esclaves amoureux par exemple, dont les corps errent de façon si incertaine qu’ils semblent tantôt s’écraser de l’intérieur, tantôt flotter au-dessus des immeubles. Ils sont des mouvements de papillons au milieu du paysage, glissent sous la pluie, ils sont beaux à observer la nuit surtout. Il y a aussi la beauté de certaines femmes, ces cadeaux qui s’accaparent l’être pour le noyer dans un verre d’eau. Oui il y a définitivement quelques nuances au coin des rues, qui se dessinent à mesure qu’on les raconte, m’enfin Roé dispose déjà de sa propre cage – il est donc insensible aux autres prisons.

Lorsqu’il passe le pas de la porte, le gling-gling/clochette de la librairie le surprend et Roé se demande si cette sonnette a eu un nom dans une autre vie, qu’est-ce qu’elle devient une fois qu’elle meurt, est-ce qu’elle est définitivement morte comme la mort, comme le rien de l’inexistence, ou vit-elle une seconde fois parce qu’issue du monde de la technologie ? Et si les hommes automatisaient pour tenter de déjouer la mort ? Déjouer la vie pour déjouer la mort, oui ? non ? Quoiqu’il en soit, aucune beauté n’a remarqué notre antihéros dehors, dieu soit loué, il a pu arriver sans embuscade au quartier rouge des branlettes à deux temps. Il souffle longuement, ouvre sa gabardine violette et desserre la ceinture de son pantalon. Autour de lui il y a des montagnes horizontales de livres et quelques autres impudiques atteints du même mal de la langue qui balaie. Dès le passage de la porte il se remet à ramper comme les autres. Il observe à même le sol ses congénères comme des fourmis désordonnées qui se bousculent et qui gémissent d’une seule et même voix et finit par reconnaître cette tonalité qui se dégage particulièrement étrange. En effet tout à fait à gauche du tas il y a ce crâne retourné qui lui est familier. Semi-chauve en forme de ballon ovale, la peau lisse sur des os déstructurés, ce crâne lui raconte définitivement quelque chose qu’il connait bien de Michel. Michel aussi a du se réveillé le doigt dans le caveau des oubliettes ce matin, il a du aussi se réveiller la faim au ventre et les placards vides. « Roé! » dit le crâne qui se met à rouler jusqu’à ce qu’il aperçoive les commissures de ses lèvres s’étirer sur ses dents gâtées. La vue de toutes ces difformités lui fait horreur. C’est affreux les vieux amis, ils vous rappellent toujours d’où vous tenter de vous sortir, ils vous raccrochent au passé comme des punaises qui vous clouent au sol.

Michel est un de ces punaises particulièrement enfoncée et comme beaucoup de Michel, il est monstrueux. Traumatisé depuis la racine de sa vie par la frustration de l’éructation interdite, jamais O grand jamais il ne lui a été offert l’opportunité de fourrer sa langue dans une bouche consentante, même pas la plus putride, même pas la plus édentée. Pas une seule fois, un corps sexué ne s’est risqué la conscience claire à dépasser son effroyable laideur, comme si l’idée même avait quelque chose d’infecte.

Il s’est définitivement résigné à sa condition  le 25 Juin 1896 à 12h36, daté dans son journal intime comme « le jour de la dernière lutte », il avait alors 15ans. Il était allé aborder le vagin au visage le plus monstrueux de tous les temps, désespoir qu’il passa sous silence le restant de sa vie. Contre toute attente, c’est elle qui prit ses jambes à son coup. Depuis l’affaire, il s’est retranché du monde et des hommes, comprenant mieux que quiconque l’idée que la propriété est le fondement des inégalités parmi les hommes (Hobbes). Lui est propriétaire de ce visage, marqueur de honte comme une pustule au monde, d’autres sont propriétaires de beautés qui font du bien comme des marins d’aurore, voilà. Depuis l’affaire, il travaille aux pompes funèbres rue Chevaleret en face de la Salpêtrière. CHEZ MICHOU est financièrement rentable, la laideur de Michel rassure beaucoup les familles des défunts ce qui fait fonctionner l’entreprise et de plus, son activité lui permet quelques extra que nous expliciterons plus tard.

Tout aurait donc pu s’éclaircir pour Michou, seulement la frustration avait coulé tant d’années dans ses viscères qu’elle s’était installée dans les moindres trous de sa peau jusqu’à refonder l’ensemble de sa pensée. A 15ans, il avait déjà commencé à être le monstre dont il ne pourrait plus jamais se défaire, sa peau avait cicatrisée si vite, si vite que la nature même avait donnée son accord. Son corps avait changé de structure, les angles s’étaient endurcis, toute son enveloppe était devenue terne sauf dans ses yeux ou baigne encore aujourd’hui une espèce de folie en fusion, une sorte de soif de trop de choses pour être définies en une seule.

 

L’idée que Michel soit présent assombrit Roé, la vue de Roé illumine Michel. Chacun témoigne pour l’autre et de l’amoindrissement physique et des ravages de l’âge.

– Roé ! Si je pensais vous trouvez ici camarade ! Quel joie de réaffirmer mon amitié profonde dans ces lieux qui nous ont rassemblé tant de fois ! Quelle immense plaisir que le destin réunisse nos deux âmes jumelles trop longtemps séparées par ce destin en fuite!

– Fais pas ta majorette, je sais bien que tu t’es tapé ma sœur.

– Mais enfin ! elle était morte !

– C’est bien c’que j’dis ! Tu t’es tapé ma sœur alors qu’elle était morte !

– Ce que tu peux être sordide parfois… Accompagne-moi faire un tour dans les rayons, prendre un peu l’air ne te fera pas de mal.

Roé observe la calvitie parlante, hausse les épaules et la suis. Ils rampent cote à cote entre ces murs étroits, leurs corps caressent le parquet lisse et leurs yeux s’accrochent aux livres qui défilent de chaque coté. Tantôt à gauche, tantôt à droite, les étagères en bois sont suffisamment basses pour que l’on puisse attraper les ouvrages par un simple mouvement de bras, et c’est ce qu’ils font de temps à autres en levant automatiquement les sourcils. Ils continuent à avancer dans cet instant ou tout se rejoint dans la douceur, lumières tamisées, le sol chaleureux, certains dorment en position fœtale dans les coins. Comme dans le ventre d’une mère, c’est l’absolu délicieux et intemporel, la contraction de l’espace et du temps,  la jubilation avant le chaos.

Au bout de quelques minutes de rampe, Michel rompt le silence.

– De quoi as-tu faim aujourd’hui Roé? Chuchote-t-il en se renversant sur la joue gauche

– Je voudrais du gras, que ça patauge dans le gras, des amoncellements de viandes grasses en quantité suffisante pour que ça pénètre les murs jusque chez moi, je veux en bouffer jusqu’à en avoir la nausée. Je veux fondre moi-même dans cette orgie de graisse, que tout mon corps s’étire comme un ballon en plastique et jouir d’ivresse, que ma crevaison soulage à la fois le monde et moi-même. Dit-il, satisfait de sa formulation

– Que ça dégouline comme une flaque ?

– Oui, voilà. Dis tu savais que ma sœur avait le sida? Avec un peu de chance elle a laissé un peu d’elle en toi, c’est touchant comme histoire pour une fille qui s’est ligaturée les trompes pour ne pas transmettre sa misère, tu lui a peur-etre offert un sursaut de conscience. Vraiment tu devrais t’assagir un peu, moi ça doit faire 10ans que je n’ai pas léché une pute, et pourtant je me contente de cadavres en papiers !  Lorsque j’ai faim, je lis quelques lignes, je me frotte un peu contre la 4ème de couverture et si elle n’est pas trop dégueulasse ça part, ça s’envole comme un oiseau. Toi tu ne sais pas à quoi tu te frottes, ça peut être dangereux un mort, de l’autre coté du sol, ils pourraient tous se liguer contre toi !

– Tu as raison… je vais y penser dit-il songeur. Sinon par gras, tu veux dire que tu voudrais que ça roule ? Allons au premier étage, ils l’ont rouvert et je sais bien que tu n’attends que ça, on finira par y aller de toute façon, tu ne sais faire que ça, aller au premier étage, aller au premier étage, aller au premier étage. Tais-toi un peu, allons-y.

Roé s’illumine, ne regarde plus la calvitie parlante et fonce vers le grand escalier devant eux en colimaçon, il s’y engouffre la tête la première et continue à ramper pour la montée, s’aidant tantôt des mains, tantôt des crocs qu’il plante par à coup dans la marche suivante. Sur les murs autour, il y a des portraits de morts comme on en voit dans les maisons de retraite et des peintures de Petersburg. Roé devient plus lent à mesure qu’il avance, un poids se forme dans sa poitrine. Il déteste cette ville, il déteste ce pays. Jamais il ne manque une occasion d’humilier, d’écraser la Russie avec sa chaussure gauche pour ne pas salir la droite, de brandir son doigts vers le ciel pour accuser ce pays, de tout ce le mal que Dostoievski a fait à la France, il se sert de cette même « forme à la française » pour en faire un spectacle qui ne trompe que lui-même. Tout le monde sait que ce pays lui est inaccessible à cause de cette incapacité à tromper sa peur de prendre l’avion. Le fait est que toute possibilité de trous d’air fait naître en lui d’inexprimables boules d’angoisses. Enfant, il trouvait un malin plaisir à trouer des ballons en plastique, à trouer ses raviolis bolonaise avec sa fourchette. La nuit, il s’était imaginer 100fois trouer la montgolfière de Jules Verne et avec l’âge sont goût pour la virginité croissait. Il trouait tout ce qui était rond et hermétique, une sorte de compulsion à répétition comme le faisait  le petit Hans avec sa bobine. Il n’a jamais su d’où lui venait cette bizarrerie, mais elle s’était accrue au point qu’aujourd’hui encore il ne soit pas en mesure de prendre l’avion de peur de ne pouvoir de contenir de défoncer la fenêtre. Heureusement il y a le train, ses démons le laissent tranquilles, il n’y a rien de transgressif à ouvrir des fenêtres.

Une fois arrivé au premier étage, les frustrations Michel et le poids dans la poitrine s’évanouissent. Enfin dans l’antre du sanctuaire, dans ce lieu ou la vie domine encore. Comme sous l’effet d’une décharge électrique, il se remet brusquement debout jusqu’à se tenir tout droit sur ses pieds. Devant lui, d’imposantes portes rouges coulées dans la fonte, qui ressemblent par certains aspects à la « porte de l’enfer » de Rodin ou de Dante. Il y en a 10 et pour le moment, elles sont toutes occupées, on peut le voir à la bougie devant qui est éteinte, méthode emprunté je ne sais ou à je ne sais qui (si je sais, Lynda qui est en fait Michael au bois de Boulogne). Toutes les portes sont déjà occupées donc, il va falloir attendre que les vieilles psychanalystes aux toiles d’araignées dans la chatte terminent d’essayer de comprendre quelque chose.

Le temps d’attente avant son tour d’entrée par la porte est estimé à 48mn. Il demande à Michel qui s’est mis debout aussi de se taire ce qu’il fait sur le champ et dévisage ces autres lecteurs dont le temps d’attente est inférieur, il voudrait bien leur déboîter la mâchoire. Il prend un peu de recul et observe ce spectacle de lecteurs qui feignent de s’ignorer entre eux. Ces autres objets transparents qui occupent la place, qui s’accapare de l’espace dans un espace que l’on doit conquérir. Ils s’excusent de se cogner l’épaule tout haut tout en voulant s’égorger tout bas, ils se pointent du doigt avec les yeux alors qu’ils voudraient s’enfoncer les uns dans les autres. La douce mélodie de la guerre froide se déroule dans le fantasme d’un fracas et dans l’attente de ces bougies qui s’allument et qui s’éteignent un nombre incalculable de fois.

 

Il s’imagine un tas des guerres prodigieuses, jusqu’à ce que ce soit à son tour de passer au travers de la porte. Il décide de ne pas choisir cette fois et de se laisser entraîner tout entier en fermant les yeux.

 

 

 

 

Aside

Episode3

 J’adore cette situation qui est, entre toutes, celle où il est probable que j’eusse le plus manqué de présence d’esprit. Je n’aurai même pas eu, je crois, celle de fuir. (Ceux qui rient de cette dernière phrase sont des porcs.)  A. Breton – Nadja

Contraction des connexions synaptiques, comme une gifle de l’intérieur. Pietro enfile son bonnet à clochettes et s’enfuis en claquant la porte comme un ouragan (s’est posé sur moi). Sous le choc, l’habitat tombe à la renverse, éclate en morceaux mais Pietro est déjà trop mort pour se retourner non, Piétro anticipe déjà son ascension vers le ciel à coups de grandes enjambées dans le vide. Ses pieds se transforment en ventilateurs,  ses jambes s’affinent à l’infini comme des bâtonnets de pâte à modelé et se propulsent vers le haut.

« Pourquoi inventer des possibles alors qu’il n’y a que des impossibilités qui se contractent? Pourquoi lier de façon arbitraire des traits discontinus ou des bouches à bouches qui se négligent pour inventer du sens, pourquoi maquiller les grimaces ? » se répète-t-il inlassablement.

L’esprit alimente des obsessions, mais dans le fond est aussi ignare que le corps est omniscient, alors c’est la forme qui répond à Piétro: accélère le mouvement.Tout entier, il s’enfonce dans les disques démaquillants en coton qui habitent les airs, à la recherche d’un endroit digne pour se fracasser le crane et anesthésier ces idées empoisonnées qui se répandent comme un mal sans antidote. Tiens, il repense aux prescriptions du mois dernier faites par son docteur : un mur en pierre, un grillage en acier ou quelques notes de musique feraient l’affaire. Les deux premières possibilités s’éventrent sur le contexte : les façades n’existent pas dans la ville des hauteurs, les espaces célestes (imaginaires ?) sont infinis et on ne va pas le leur reprocher. Alors en patient discipliné, il ferme les yeux et se remémore très nettement le concerto pour violon de Tchaïkovski. L’air chatouille ses narines puis danse au creux de ses poumons, son corps se réchauffe, c’est probablement ça, il voudrait enlacer l’humanité tout entière.

Il n’y a pas de réponse, c’est évident. Ses jambes aveuglées par la douleur dégainent d’un coup toute la puissance d’un condamné à mort qui cherche à tromper son destin en se l’appropriant, il accélère dans l’espoir que sa raison s’essouffle dans la vitesse, qu’elle soit totalement ivre lorsque le point de chute sera atteint. Quel point de chute ? hé bien, pourquoi ne pas se fabriquer son propre mur pour rester maitre de sa déchéance, il est est important d’apprendre à se déglinguer tout seul, pour s’en approprier le mérite comme un trophée de soi sur soi contre les autres. Enseignez-le aux enfants.

Piétro et moi continuons à éjaculer nos pensées sur  tous les plafonds: toutes des putes,  je n’irais pas cracher sur vos tombes parce-que nous passerons directement à la dernière scène pour m’apaiser un peu,celle de l’arrachage de pubis.  ( Piétro n’y est pour rien – Piétro est un mec sympa). Lui a d’autres projections qui commencent à dysfonctionner, la preuve en est que les ventilateurs a ses pieds commencent à râler par à coups, il commence à broyer des cotons noirs et ses pieds toussent. Sa motivation qui agissait jusqu’à présent comme un moteur turbo commence à ralentir lorsqu’elle se confronte au doute. Il tente de se ressaisir, commence à énumérer la liste exhaustive des raisons qui prouvent qu’il y a toujours un sens. Ce besoin de maîtrise, Freud l’attribue à un défaut du stade annal, la rétention des matières fécales à 2ans prédestinerait ce comportement. Intellectualiser, intellectualiser, non ça ne fonctionne pas, il continue à régresser tel un enfant qui s’enfonce dans son couffin. Il est toujours au-dehors mais chute au-dedans.

L’impossibilité créée de l’absurde, de l’incompatibilité naît la recherche d’une logique à inventer. Un irrépressible besoin de comprendre se heurte à des brouillons qui se déroulent par chapitres sans lien. Il n’y a pas de raison à cela, il réussit son atterrissage et s’explose sur le pavé humide. Sa bouche se fissure et vomit pour se dégager de toutes ces incompréhensions qui n’auraient pu accoucher autrement qu’en se dégageant d’elles-mêmes, qu’en se désincarnant de l’intérieur comme un placenta qui se retourne. Il voudrait cracher  la dernière goutte, s’en défaire définitivement mais elle reste coincée entre ses grosses dents. De toute façon il n’y a plus d’absolu depuis que Rimbaud est mort.

 

12h30, la sonnerie au fond de son estomac retentit. C’est l’appel d’un sandwich jambon-bière qui arrache Piétro à ses -.

Pourquoi ce blanc est-il plafond?

« Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne

pas retenir et ne pas être tenté de vous relire.  »

André Breton,  Manifeste du surréalisme

Pourquoi ce blanc est-il plafond ?

Aujourd’hui il fait doux. Le soleil défonce les fenêtres à coup de rayons circulaires puis s’affale sur les murs de la structure qui emploie la structure qui m’emploie. Des tours de passe passes sont donc relayés à tour de rôle de sorte à ce que la lumière dont je me nourris est d’abord affadie par le choc puis dissolue par mes occupations imbéciles et chronophages.

L’histoire commence un peu plus tôt, alors que la nuit respire encore à grosse goutte. 6h du mat’, volets fermés, yeux cramoisis dans des rivières de vin rouge. Je tapote sur les touches fictives d’un appareil cruellement bruyant qui fonce comme une locomotive « Naomie tu viens remplacer l’hôtesse qui se casse en vacances (?) tes cours on s’en branle viens sinon on va perdre le client et puis tu veux partir en Islande n’est-ce pas? Bon sois à l’heure si tu veux ton salaire à l’heure et évite les bottines en cuir sans collants ça fait pétasse le client est exigent».Je n’ai pas entendu de virgule, mais la voix avait le même air que celle de la directrice de l’agence et il y a eu ce mot qui  a sonné dans mes oreilles comme l’envolée d’une colombe: l’Islande. Décharges électriques sur toutes les branches de l’étoile de mer que je suis en cet instant, tremblement de terre sur l’ile flottante/clic-clac IKEA qui m’annonce mon retard en avance.

Impulsion, chute libre de mon corps hors du lit et quelques heures plus tard, chute libre de ma motivation hors de ma mémoire. Amnésique comme une retombée de libido en tout début de journée, je suis à l’heure avec déjà un faux air de vache ruminant et machinant avec la conviction qu’on peut s’imaginer. Je rumine des gestes ritualisés, j’appuie par intermittence sur le bouton de l’interrupteur pour tester mon pouvoir sur la machinerie ; les portes coulissantes répondent de façon binaire, comme une bouche téléguidée : ouverture, fermeture, ouverture, fermeture, ouverture, fermeture. Les disciplines étriquées ne m’ont jamais rien dit rien qui vaille, et puis l’acquiescement qui glisse comme sous des litres d’huiles, sans ne jamais faire de rouille, même pas un peu, ça sent le soufre. On appuie, ça se lève, on dépuie, ça se couche. Il y a quelque chose de trop palpable dans cette mécanique, de trop prévisible, et donc d’effrayant. Comme des petits yeux  rouges cachés partout, des Deep blues planqués derrière mon comptoir prêts à grignoter mes jambes. Je n’aime ni les machines, ni les hommes qui imitent les machines, en encore moins les machines qui osent vouloir dépasser les hommes parce- qu’une machine, que je sache, ne pourra jamais se vautrer dans les escaliers du métro et feindre de l’ignorer dans la seconde.

Alors j’essaie de provoquer les portes coulissantes, de tester mon pouvoir sur l’inaliénable, d’aller chercher la résistance dans le dysfonctionnement, après tout, j’ai quand même presque abandonné sur les bancs de la fac mon dernier amour, Thomas Moore et son utopie (mais pas complètement et pour quelques jours seulement, dieu me pardonne), je ne vais pas en plus me coltiner l’horreur d’une mécanique suropérante ! Doucement, autre chose se forme,mon esprit se retourne vers un autre type d’ailleurs, plus géologique : je tente d’extraire de la roche opaque la question juteuse de la couleur du plafond, parce-que oui le blanc est une couleur, les toiles d’Hopper en sont des preuves.

 

  Donc : Bordel, pourquoi ce blanc est-il plafond ?

Bordel, pourquoi ce blanc est-il plafond ? ou quelque chose comme ça, attendez  j’y suis, c’est comme un entonnoir à l’envers, un tourbillon qui se restreint à mesure qu’on s’y engouffre, un couloir qui nous aspire peu à peu dans une tarte à la crème. On y plonge tout entièrement puis quand on est dans le plafond on stagne, on se colle dans la génoise, jusqu’à  saturation, une sorte de bourrage papier dans lequel le papier est une crème épaisse qui nous recouvre, qui nous pénètre comme une fraise dans un fraisier.  Regarder le plafond, c’est faire de la métaphysique, c’est presque, presque faire de la poésie.

C’est vrai diantre, pourquoi ce mur qui surplombe les autres est blanc ? Il aurait pu être vert, rouge ou bleu, pourquoi ne fait-on pas des plafonds noirs ? il y a quelque chose de suffisamment louche, pour laisser l’interrupteur binaire de coté et s’imaginer l’envers du décors (ceci est une excuse raisonnable qui en cache une autre qui l’est moins: il s’agit de construire des hypothèses pour palier au vide de leurs absences). Pas le choix, il faut construire l’histoire de  ce mur, de toute façon tartiné de génoise, on ne peut pas faire grand-chose d’autre. Partons du postulat que toute opinion est perçue comme vérité à partir du moment ou elle n’a pas été démentie, alors du moment ou personne n’a encore réécrit cette histoire, je suis la vérité absolue.

Spéculation sur des prétextes attachants 

C’est l’histoire de José Piétro (lire pieds-tlo – avec une flatulence sonore sur le L), portugais du Portugal peintre en bâtiment de métier, à la fois victime et bourreau d’une crise conjugale ce matin. Elle s’est rendue compte qu’il n’avait pas remarqué sa nouvelle coupe de cheveux et lui s’est rendu compte que ses œufs à la coqs était trop cuits pour un lundi. Voici comment cela a débuté:

« Naomita pourquoi t’es sensible comme une mioche ?, tu pleures pour rien, tu aimes pour rien, arrête de vivre comme ça trop fort, tu as même cuits mes œufs trop fort, sois un peu comme les gens  »

Elle lui répond :

« Mais Piétro tu ne comprends pas, à force de manger de la morue, j’ai mon cœur qui a fini par gonfler comme un ballon alors à chaque fois que je respire, je dois respirer trop fort, ça sent la sardine, ça fait fuir les gens, mais toi Piétro tu m’aimes, hein tu m’aimes ? »

(Épisode 2, à suivre et à inventer)

Sansvoix/Millemots

A ses yeux bleus rivières,
qui nageaient à mes cotés dans l’impossibilité de l’Etre.
(avant qu’ils ne m’appellent « pétasse condescendante ».)

Sansvoix/Millemots

(Le son)
Le nœud de la gorge s’entortille, se resserre,
Au bout du long coup de l’homme faillible,
Cette corde froissée par la guerre,
Croisée de la pointe aux chevilles.

(Dans la corde)
Les vipères se cambrent dans l’air,
De la vocalité rugueuse de l’agonie,
Elles sifflent la rouille atrabilaire,
L’extinction de la voix qui gémit.

(Mutisme)
Le son bleu siffle comme un asséché,
Sous le voile d’un mutisme paraphrasé,
Cette parure lyrique des lettres,
Crime de la musique de l’Etre.

Ma voix est un ventre maigre,
Dans une corde qui croupit,
Qui déraille comme un train à vapeur,
S’arretant sur le quai des mots.

Episode11 :Le cochon d’Inde est une femme en jeans.

Episode11 :Le cochon d’Inde est une femme en jeans.

1°) La France est une pédale douce

Au fond des cuisses de notre douce France, s’insère un faux drapeau de féminisme.
Malgré ses couleurs inversées, il est hissé dans le vacarme de l’acclamation d’une foule, par des blondes connues pour pisser sur des photos de dictateurs dont le but ultime est de sentir la délicate odeur de l’existence. Elles se dessinent au crayon sur l’idéal de l’homme ventripotent drogué de Vodka qui rote toute la journée devant la télé, au fond la sorte de patriarcat qu’elles annoncent vouloir humilier selon la logique « puisque tu ne m’aimes pas assez, je te crache dessus ».
Fausses blondes, faussement agressives et au fond profondément vulnérables, elles sont aussi l’incarnation du type de féminité qu’offrait en spectacle Foucault à la Salpêtrière: les fameuses «hystérique». Les Femens se contorsionnent, bavent et miment des positions douloureuses presque sexuelles en cognant sur les valeurs d’un docteur France incompris, mécène dune hospitalité sans contours.

Comme on justifie la conquête d’un laideron par une overdose d’alcool, la Femen s’accoude sur une cause prétexte : le féminisme. Pauvre laideron, pauvre féminisme, pauvres victimes de toutes ces gesticulations mise en œuvre dans la plus haute dissimulation de touts les temps : couvrir d’un drap blanc le besoin le plus primaire et le plus vulgaire, celui de se sentir aimé.
Le plus inconfortable pour le spectateur, c’est lorsque la gesticulation, ce jeu de travestissement communément admis, est si mauvais qu’il en devient inefficace. Quelle grossièreté baveuse et salissante que d’observer ce spectacle si mal joué par des rapaces de l’amour aussi mal vêtues qu’une peau nue sous un spectre de lumière blanche ?!

Ont-elles oublié que le précieux autocollant du féminisme n’adhère pas sur les peaux humides, comme les nobles causes ne s’ajustent pas à ceux qui plantent leurs ongles sur des hauteurs simplement pour être vu ?
Je vous le dit, faute de savoir gesticuler (faut de savoir créer) ces Femens rentreront un jour dans le rang après un long voyage de rédemption sans maquillage. Elles se marieront avec les hommes ventripotents, les mêmes pointé du doigt et cités plus haut, auront droit chaque soir à une fessée avant d’aller faire la vaisselle, auront des gamins, un petit chien rebelle et des seins qui tombent.
Et Simone De Beauvoir continuera à briller.

2°) Le cochon d’Inde est une femme en Jeans

Pour saisir le noyau de l’affaire, il convient de se vider l’esprit comme on vide un gros poisson, j’éviterai le choix faussement naïf du thon, je n’ai pas l’intention de vous offenser.
Donc imaginons que vous êtes une jolie une sole et qu’il faille vous retirer les entrailles, avant de vous farcir, tout à fait pacifiquement. Vous êtes cette sole que l’on vide, il faut se débarrasser de tous vos repères français, européen, occidentaux. N’ayez pas peur du déséquilibre, le déséquilibre, ça rend léger comme une plume. Bien que le temps des lignes soit infidèle, il faut que vous fassiez ce travail rapidement, le temps de quelques clignements de yeux.

Clignez des yeux une fois. Je vous rince à l’eau froide

Clignez des yeux une seconde fois.

A présent il fait une température de feu, imaginez que vous atterrissez dans un pays ou le sol n’est plus goudronné mais sablé couleur terre de Sienne, le sable se mêle au vent si bien que l’on ne distingue plus vraiment l’un de l’autre. Les belles maisons qui surgissent au milieu des ruines sont roses-bonbons et bleu ciel, les devantures sont jaunes et les serveurs ajoutent une cuillère à soupe de sucre dans les jus de fruits pressés.
C’est un pays où la femme est d’une race fondamentalement différente de celle de l’homme, il n’est rien d’autre qui les unit que l’asservissement de l’un pour l’autre. C’est un paysage ou les Femens n’ont pas de place parce qu’après tout, c’est moins risqué de choquer un religieux, communauté en voie de disparition (tendance faible) que de montrer une fesse à un policier qui tabasse des gens en pleine rue avec des matraques en bois (fait avéré : tendance forte).

Clignez des yeux une dernière fois

Parlons du cadavre.

C’est un cadavre putride, porté par toutes les forces d’une population maigre à la peau mate qui tient bon et qui refuse de foutre l’horreur au feu. Avec les pressions extérieures, le cadavre s’alourdit, il devient plus difficile de le retenir d’une chute fatale, d’une décomposition certaine. Il est mort depuis des lustres mais il s’accroche à la vie avec ses ongles et ses dents noires, vernis par la population.
Le cadavre, c’est le rôle de la femme, cette antithèse qui repose sur un paradoxe : on castre la féminité mais on attend d’elle qu’elle enfante encore et encore et encore et encore jusqu’à n’en plus pouvoir.
Le statut de mère est le seul statut respectable susceptible d’être accordé à l’être sans pénis, et les différentes strates de ce statut se greffent sur différentes graduations du cycle menstruel : la femme peut être mère en devenir lorsqu’elle n’est pas encore mariée, vieille sainte lorsque le devoir est accompli, mère en accomplissement si fils il y a, mère ingrate si le minuteur est dysfonctionnel.

Dans les files d’attentes aussi bien que dans les bus, sont créés deux files visant à dissocier le pur de l’impur: la chose damnée de menstruation d’un coté, les corps à moustache de l’autre. Attention à qui voudrait s’aventurer à brouiller l’ordre, la communauté du bus a des tonnerres dans les yeux prêts à foudroyer quiconque tenterait d’y porter atteinte. Les codes établis c’est le conservatisme, un attachement viscéral à des codes archaïques et dépassés, le véritable obstacle du progrès. Le véritable cadavre.
Aussi étonnant que cela soir, les femmes font aussi partis aussi de la communauté des fusils dans les yeux car chacun connait sa place, son rang, ses droits et comme toute société socialement figée, le désir changement est une vertu de basses conditions, c’est le rejeton que l’on cède bien volontiers aux rêveurs et aux marginaux.

On appelle le karma, cette logique de rationalisation de l’expiation, qui rend la mécanique de la médiocrité une mécanique dont le divin se réserve les droits d’exploitation. Celui qui a faim le mérite, celui qui est gras le mérite aussi. Et sur ce même modèle se calque des générations et des générations de souffrants heureux au service d’une petite minorité jouissant du droit divin.

Pour savoir de quel coté de la route est né un homme, inutile de détecter sa langue, regardez ses yeux, c’est un code universel.
Si son regard est fuyant, fragile – soumis – ou s’il est arrogant vil et qu’il se croit omnipotent, l’homme intériorise les rôles que l’on lui fait porter, et les yeux trahissent, voilà tout.
Appelez ça « castes », « classe sociales » ou « groupe socioprofessionnel » ça n’est qu’une affaire de nuance.
Il est néanmoins une originalité sans l’hindouisme qui me frappe et que le dialogue ne peut rendre audible. L’ascétisme est largement reconnue comme étincelante de beauté (il n’y a qu’à voir les jambes de Gandhi comme elles sont sexy) ce qui induit que tout ce qui est susceptible de procurer du plaisir est souillé de la marque de Satan. Sur le même pieds d’égalité que les femmes qu’on idéalise à l’état de péché, il y a les chaussures ( j’ai enfin trouvé ce pourquoi-là !), la bonne nourriture, les conforts en tout genre, tout ce qui est susceptible de bien-être est vices. Cette manière d’appréhender le monde n’est pas si éloignée de celle des Femens cités plus haut : « puisque tu ne m’aimes pas assez (ou puisque je ne te possède pas), je te crache dessus (tu n’es rien) ».

Imaginez que la liberté soit un fluide en proportion limité. On le fait passé d’un vase communiquant à un autre jusqu’à la dernière goutte. Un jour d’il y a fort fort lointain comme dirait l’âne dans Shrek, peut-être à l’époque de l’état de nature comme dirait Rousseau, tout le fluide de la femme aurait été reversé purement et simplement à la nature. Qu’en fait-elle aujourd’hui ? Qu’en fait- elle hein ? elle se balade en toute impunité en copulant sans vergogne en pleine rue offrant aux passant l’impression d’assister à un film pornographique pour chiens. Dans la rue se baladent (du plus petit au plus grand) des fourmis, des moustiques, des araignées, des lézards, des corbeaux, des écureuils, des chiens, des chèvres, des vaches, des éléphants, -je ne parle pas des cafards, les cafards sont des extraterrestres -.
Tous ces animaux vivent, mangent, se reproduisent sans la moindre restriction, ils profitent d’un droit du sol égal à celui des hommes, mais la femme, la femme cette trainée profite du droit de rester à la maison.

En fait, la femme est bafouée au point qu’il lui soit si difficile de reprendre ses droits. Porter un pantalon est défini comme un acte visant à exposer son auguste fessier, c’est une provocation. Lâcher ses cheveux, c’est aussi de la provocation. Parler à un garçon dans la rue qui n’est ni le frère ni le père ni le mari, est de la putainerie. Que la fille fasse les trois ou non, il est tout à fait admissible de la blasphémer car rappeler vous, elle est la faute. Ainsi dans la culture indienne, l’obsession des hommes pour la femme devient le problème de la femme.
L’homme regarde la femme, la femme regarde la nature et la nature se la coule douce.

Le constat établit, il me parait alors plus clair de comprendre pourquoi ce sexe est si peu présent et même vient à manquer dans ce pays ou le sex-ratio est un des plus déséquilibré au monde, (et cela est palpable) rien à voir avec cette histoire d’infanticide lié à l’impossibilité de payer la dot, le pourquoi se résous avec la non-volonté des femmes de venir au monde quelque part ou elles n’ont pas le droit d’exister. Voilà le terrible impact que de voyage a eu sur ma conscience : oh comme j’ai eu de la chance de ne pas naitre ici, de pouvoir m’exprimer et ne pas être effrayé par des hommes à moustaches. Oh comme je devrai gouter de chaque seconde pour m’exprimer, pour profiter de ce droit de m’exprimer !

Clignez des yeux une fois.

Clignez des yeux une seconde fois

On vous rend votre intestin, vous pouvez respirer.
Profitons du fait d’être né du bon coté du bus.

Pour aller plus loin…
http://www.idrc.ca/FR/Resources/Publications/Pages/ArticleDetails.aspx?PublicationID=762